- Chamborant célèbres - 2e Hussards - Charles Nungesser

Charles Nungesser

(1892-1927)

Le Lieutenant Charles Nungesser

Le hussard de la Mors

Il veut retrouver l’épave de l’avion de Nungesser et Coli

Source : Article Le Parisien du 24 mai 2009

Bernard Decré Saint Pierre et Miquelon - Photo Jean-Claude Lespagnol
SAINT-PIERRE (SAINT-PIERRE-ET-MIQUELON), jeudi 21 mai 2009 - Photo Jean-Claude Lespagnol
Bernard Decré en est convaincu :
« l’Oiseau blanc », l’avion de Nungesser et Coli, s’est abîmé tout près de l’archipel français.

Pour ses petits-enfants, qui l’envient, « papy est allé faire une chasse au trésor ». Depuis jeudi et jusqu’au 10 juin, Bernard Decré, 69 ans, est à Saint-Pierre-et-Miquelon avec l’intention de dégager des profondeurs de l’océan des débris qui appartiennent à l’un des chapitres les plus mystérieux de l’histoire de l’aviation.

Au large de l’archipel français, ce gentleman-baroudeur, fondateur en 1978 du célèbre Tour de France à la voile, veut découvrir les restes de « l’Oiseau blanc », le biplan de Charles Nungesser, as des as de la Grande Guerre, et de son navigateur François Coli, qui s’est abîmé le 8 ou le 9 mai 1927. Jamais l’aéronef, ayant décollé le 8 mai du Bourget (Seine-Saint-Denis) à la conquête de la première traversée de l’Atlantique treize jours avant celle, victorieuse, de l’américain Lindbergh n’a été retrouvé. C’est donc une énigme vieille de 82 ans que le fer de lance de l’association A la recherche de « l’Oiseau blanc » espère résoudre. Ces prochains jours, lui et son équipe se rendront à quelques milles de la côte à bord du « Fulmar », patrouilleur de la gendarmerie maritime. Sur la zone supposée du crash, cinq plongeurs-démineurs de la marine équipés de sonars tenteront de trouver un moteur, une hélice... « Il y a 25 % de chances qu’on réussisse. Si ça ne donne rien, je n’abandonnerai pas. L’avion est par-là, c’est certain », martèle Bernard Decré.

« Je sais que des bouts d’ailes ont été récupérés »

Cela fait trois ans (NDW : voir articles ci-dessous) que ce fils d’une riche famille de commerçants nantais, pionniers de la grande distribution, mène l’enquête. « Nungesser, c’est pour lui une passion jour et nuit », résume son épouse, Michèle. « Cet Indiana Jones volant au grand coeur occupe même mes rêves, c’est grave docteur ? » sourit Bernard Decré. C’est un grand ami, Roland Nungesser, neveu de Charles et ministre de la Jeunesse en 1968, qui le premier lui a narré les pérégrinations du « plus glorieux adversaire de l’aviation allemande ».

Mais ce qui l’a vraiment poussé à l’action, c’est un livre sur les disparitions inexpliquées d’avions offert par sa fille Angèle à Noël il y a trois ans et demi. « Il y était écrit que l’Oiseau blanc s’était écrasé dans le Maine (NDLR : aux Etats-Unis) , alors qu’en France on affirmait qu’il était tombé dans la Manche. J’avais l’impression que c’était deux fausses pistes. » Il décide alors de passer au peigne fin les archives de l’outre-mer, à Aix-en-Provence. L’été dernier, il poursuit les investigations à Saint-Pierre-et-Miquelon, se plongeant dans des courriers de marins des années 1920. « Je suis aussi allé à la maison de retraite interroger des anciens ! Ils m’ont tous affirmé qu’ils avaient entendu parler, il y a huit décennies, de l’Oiseau blanc, que leurs parents savaient qu’il avait sombré tout près », assure-t-il.

Sa détermination lui permet de localiser le lieu du drame, à 11 km du cap Noir, au sud-est de la ville de Saint-Pierre. « J’ai un faisceau de quinze présomptions sérieuses. Je sais que des bouts d’ailes ont été récupérés sur la plage au printemps 1927. Le gouverneur les a remis à un inspecteur américain pour une expertise et on ne les a plus jamais revus. La rivalité franco-américaine dans la conquête du ciel était à son apogée », décrypte-t-il.

En s’intéressant au destin de Nungesser et Coli, « l’aventurier bourgeois » c’est ainsi qu’il se résume rentabilise son amour des airs et des mers. « A l’école, je passais mon temps à dessiner des bateaux et des avions sur mes cahiers », avoue ce pilote amateur d’avions, d’hydravions et de voiliers. « Pour toute une génération de marins passés par son Tour de France à la voile, il est un père spirituel. C’est un enfant gâté mais sympa, très paternaliste. Si je passe dans sa baraque extraordinaire dans le golfe du Morbihan, il sort le champagne », décrit Didier Ravon, rédacteur en chef du magazine « Voiles et voiliers ». Le dandy un brin casse-cou, aquarelliste à ses heures, est un touche-à-tout qui n’a « jamais été un simple rentier ». Responsable du sponsoring d’une écurie de Formule 1, administrateur d’une société d’hélicoptères, directeur d’une maison d’édition, maître de conférences à l’ENA…, il a connu mille et une vies.

Mais c’est celle d’aujourd’hui qui lui donne « le plus d’émotions », de nuits sans sommeil, qui lui coûte aussi le plus d’argent. L’enjeu de sa mission pas impossible est planétaire. « Si les recherches aboutissent, prévient Roland Nungesser , il est évident qu’il faudra revoir toute l’histoire de l’aéronautique dans le monde puisqu’elles prouveraient que les Français ont franchi l’Atlantique les premiers, avant Lindbergh. »

Le Parisien

Ont-ils été la cible d’Al Capone ? Le parcours supposé des deux aviateurs

Source : Article Le Parisien du 24 mai 2009

Et si Nungesser et Coli, pris dans une tempête au large de Saint-Pierre-et-Miquelon, devaient aussi leur chute à un mitraillage des hommes de main d’Al Capone ? Victimes, donc, à la fois des rafales de vent et des rafales de tirs ? C’est une hypothèse « très sérieuse » pour Bernard Decré.

Au printemps 1927, alors que la prohibition règne toujours aux Etats-Unis, l’archipel français, où l’on peut croiser Scarface (surnom du parrain de Chicago), constitue la base arrière de la contrebande d’alcool. Les gangsters font ainsi la navette entre le port de Saint-Pierre, gigantesque entrepôt de vins et spiritueux, et la rive du Saint-Laurent, au Canada.

Partis sans radio ni train d’atterrissage

Survolés par le duo d’aviateurs tentant d’amerrir, les truands à la gâchette facile, se sentant espionnés, auraient ainsi pu prendre pour cible « l’Oiseau blanc ». Cela expliquerait la chape de plomb, l’omertà, qui a suivi le crash, personne n’osant témoigner en pleins trafic et guerre des gangs. « Tout est ouvert, ce n’est pas une piste qu’il faut écarter », reconnaît Gérard Feldzer, directeur du musée de l’Air du Bourget qui, en septembre, rendra hommage à Nungesser et Coli.

Ce scénario donne à leur épopée une dimension encore plus incroyable. Il faut savoir que ces conquérants du ciel s’étaient envolés du Bourget sans radio, jugée trop lourde. « Pour alléger l’engin, Nungesser avait aussi largué le train d’atterrissage après le décollage. Là, franchement, on était loin du risque zéro ! » résume Gérard Feldzer.

Roland Nungesser, 83 ans, est fasciné par son oncle. « Il a dit à mon père la veille de son départ : Je tracerai une route qui sera suivie par des myriades d’avions. En cela, il était un visionnaire. »

Le Parisien

Nungesser et Coli victimes d’Al Capone

Source : Thierry Vigoureux - Le Figaro 14/11/2007

Nungesser et Coli sur l'Oiseau blanc

Il y a quatre-vingts ans disparaissaient les aviateurs Nungesser et Coli. Ils n’ont jamais été retrouvés. Auraient-ils été abattus au large de Saint-Pierre-et-Miquelon après s’être déroutés de leur itinéraire vers New York??

L’Oiseau blanc a-t-il été tiré comme un pigeon ? La disparition du gros monomoteur de Charles Nungesser, as des as de la grande guerre, et de François Coli, son navigateur, ancien de la Marine, reste une énigme. Des témoignages recueillis récemment, qui ont survécu à des décennies de chape de plomb, valident l’hypothèse selon laquelle les Français auraient été témoins de trafics liés à la prohibition, avant de disparaître entre Terre-Neuve et Saint-Pierre. Le 8 mai 1927 à l’aube, treize jours avant la traversée victorieuse de Lindbergh, l’équipage français décolle du Bourget. Le vent d’est, favorable, pousse l’avion vers l’Amérique. Le défi passionne les foules de part et d’autre de l’Atlantique, fait la une des journaux. Déjà, deux industries aéronautiques s’affrontent, en avant-première du match Airbus-Boeing d’aujourd’hui. Le biplan est aperçu au-dessus d’Étretat, puis de l’Irlande. L’analyse des conditions météorologiques la nuit suivante laisse penser que l’avion a contourné le mauvais temps par le nord, mettant le cap sur les phares du détroit de Belle-Isle, à l’embouchure du Saint-Laurent. L’avion disparaît. Les recherches se sont ensuite essentiellement polarisées vers l’État du Maine. Sans résultat. Sans envisager réellement d’autres possibilités. L’Oiseau blanc a décollé avec 3 800 litres de carburant, de quoi voler entre trente-deux et trente-cinq heures à 160 km/h. En fin de nuit, Nungesser et Coli découvrent une barrière de nuages. Le monomoteur n’est pas équipé pour voler aux instruments. Il est impossible de survoler Terre-Neuve au risque de se crasher sur le relief montagneux. D’où cette question : les deux aventuriers ont-ils pris une route sud à basse altitude sous la grisaille, le long de la côte ? Bernard Decré, créateur du Tour de France à la voile, lui-même pilote, défend cette option (Voir article ci-dessous). En plusieurs années d’enquête, il découvre qu’une dizaine de témoins ont vu ou entendu un avion au sud de Terre-Neuve le 9 mai 1927 dont un juge, un membre du Parlement ou encore le capitaine du destroyer canadien Le Devoir.

Pourquoi se contente-t-on des versions officielles de la disparition en Manche ou dans les forêts américaines ? «Certains témoins n’étaient pas censés être là où volait, à basse altitude, L’Oiseau blanc», explique Decré.

En ce printemps 1927, la prohibition bat son plein. Les eaux frontalières avec les États-Unis sont fréquentées par les trafiquants qui font la navette entre Saint-Pierre-et-Miquelon et la rive du Saint-Laurent. De fausses fermes avec accès directs au fleuve par des souterrains permettent de gagner directement des réserves où est stocké l’alcool. La contrebande dispose déjà de ces bateaux qu’on appelle «cigarettes», ces fins runabouts propulsés par des moteurs surpuissants, toujours utilisés aujourd’hui par les trafiquants de drogue aux Caraïbes. Les bootleggers, à la solde des gangs, naviguent aussi sur des embarcations moins rapides mais armés de mitrailleuses à peine camouflées. Le trafic est fort rentable. Saint-Pierre-et-Miquelon, premier client des caves rémoises, importe alors cinq millions de bouteilles de champagne par an. C’est beaucoup pour une population de moins de 5 000 habitants !

Aux grandes heures de l’interdiction américaine de l’alcool, les fortunes locales doivent plus au transport illicite qu’à la pêche sur les bancs de Terre-Neuve. Certains morutiers à voile gardent leurs équipements de pêche en trompe l’œil, mais les fûts amarrés sur le pont contiennent des bouteilles cachées par une couche de poissons. L’archipel devient un énorme entrepôt de vins et spiritueux. Les taxes de débarquement, même minimes, rendent florissantes les finances locales. La mafia contrôle l’activité. Al Capone surveille ses troupes et rend régulièrement visite aux dirigeants de la chambre de commerce. À l’époque, le «parrain» réside au Robert, l’un des plus anciens hôtels de Saint-Pierre, qui conserve pieusement le canotier offert par le truand. Généreux, Al Capone fit même un don à l’évêque pour la réfection de la cathédrale. Le témoignage d’un mousse basque, relatant le passage d’un avion le long de Terre-Neuve, avait été retrouvé par Marcel Jullian. L’ancien président d’Antenne 2, aujourd’hui disparu, passionné par l’histoire des pionniers de l’aviation, s’appuyait sur l’interview d’un commandant de trois-mâts de Granville. Il y expliquait pourquoi ce jeune marin était resté longtemps silencieux : par peur pour sa vie, car son bateau transportait de l’alcool.

Dans la brume, Charles Nungesser et François Coli découvrent donc ce navire et tournent autour pour se signaler. L’avion n’a pas embarqué d’émetteur radio, trop lourd. Or, les pilotes veulent amerrir près d’un port. C’est plausible sur la mer d’huile de ce jour-là. L’Oiseau blanc n’est pas un hydravion mais un appareil «marinisé». Le fuselage, étanche, doit permettre de flotter en rade de New York pour aller jusqu’à une grue à quai. Le train d’atterrissage a été largué peu après le décollage. De «vrais» pêcheurs ont aussi entendu le monomoteur.

Entre Terre-Neuve et Saint-Pierre, Nungesser et Coli ont-ils survolé un autre trafiquant qui aurait eu la gâchette facile ? En cette période où les gangs se disputent le contrôle des trafics, la tension atteint son paroxysme. La présence d’Al Capone dans les parages rend ses équipes nerveuses, prêtes à éliminer tout témoin indésirable ou concurrent éventuel. Le massacre de la Saint-Valentin, deux ans plus tard à Chicago, en sera la dramatique apogée. Victime des gangs florissants de la prohibition, L’Oiseau blanc pourrait reposer non loin de cette côte française par faible profondeur, dans une zone où aucune recherche n’a jamais encore été effectuée.

Article Presse Océan - jeudi 15 novembre 2007

Source : Article Éric Cabanas - Presse-Océan

Bernard Decré - Photo Presse Océan
Nantais d'origine, Bernard Decré, passionné par les hydravions (ici à bord d'un Catalina),
est sûr que l'épave de l'avion de Nungesser et Coli est au large de Saint-Pierre-et-Miquelon.

Bernard Decré a repris l'enquête sur la disparition de Nungesser et Coli, en mai 1927. Il est convaincu que l'épave de leur avion se situe près de Saint-Pierre-et-Miquelon.

Dans son agenda, une latitude et une longitude. C'est là. Bernard Decré, nantais d'origine, passionné de mer (il est le créateur du Tour de France à la voile en 1978) et d'aviation, en est sûr : à quelques milles au sud de Saint-Pierre-et-Miquelon se trouve l'épave de l'Oiseau blanc. L'avion de Charles Nungesser et François Coli a officiellement « disparu quelque part dans l'Atlantique Nord » le 9 mai 1927, dans la tentative de première traversée transatlantique entre Le Bourget et New York.

L'énigme de cette disparition n'a jamais été résolue. « Les Américains ont fait croire que l'on avait retrouvé des morceaux de l'épave dans l'État du Maine mais cela n'a jamais été prouvé. Nungesser, un as de la Grande Guerre, et Coli, pilote issu de la marine marchande, n'auraient jamais eu assez d'essence pour arriver jusque-là. À l'époque, la compétition commerciale aéronautique entre Américain et Français faisait déjà rage », explique Bernard Decré qui a repris tous les éléments des enquêtes menées jusque-là.

En pleine prohibition

En recoupant les témoignages, il est désormais convaincu que les célèbres aviateurs, obligés par le mauvais temps de contourner Terre-Neuve - soit cinq heures de route supplémentaires -, se sont abîmés en mer près de Saint-Pierre-et-Miquelon après avoir essuyé un mitraillage depuis un ou des bateaux impliqués dans le trafic d'alcool dont Al Capone était le maître, mené en pleine prohibition à partir de l'archipel français.

« Plusieurs personnes ont vu et entendu depuis les bateaux. Mais en plein trafic, personne n'a parlé. Perdu au-dessus de l'eau, l'avion qui porte l'insigne des pirates sur la carlingue (insigne de Nungesser), est accueilli par une salve de mitrailleuse, d'un bootlegger ou d'un coast guard, on ne peut savoir. Des années plus tard, certains ont parlé », confirme Bernard Decré. En 1971, dans son livre consacré à l'énigme, Marcel Jullian écrit : « Il se pourrait que Nungesser et Coli aient été abattus. »

Par 30 à 50 mètres de fond

En 1985, un rapport de l'inspection générale de la Marine reprend les dix-sept témoignages et confirme que l'avion a été vu la dernière fois au large de l'Irlande se dirigeant vers l'ouest. Mais ce sont surtout deux témoignages qui vont convaincre Bernard Decré.

D'abord, vingt ans après les faits, celui du capitaine Plessis de la marine marchande qui se trouvait à bord d'un navire de Saint-Pierre, vraisemblablement impliqué dans le trafic d'alcool, proche du naufrage de l'Oiseau blanc.

Ensuite celui d'un pêcheur, M. Le Chevalier, parti seul avec son chien. Ce dernier racontera qu'il a entendu un avion, puis un bruit de collision, avant que son chien ne se mette à hurler à la mort. « Malheureusement, on n'est pas allé plus loin », déplore Bernard Decré qui, à partir de la position de ce pêcheur, détermine l'endroit où s'est abîmé l'Oiseau blanc : « Ce sont des fonds de trente à cinquante mètres. Quatre-vingts ans après, on doit pouvoir encore retrouver le bloc-moteur, un douze cylindres de quatre cents kilos, une grande hélice, éventuellement les trois réservoirs en aluminium. Le reste a dû disparaître. »

Aujourd'hui, Bernard Decré, qui en appelle toujours à des témoignages complémentaires, a pris des contacts pour entamer des recherches : « Nous allons essayer de voir avec la Marine nationale et le Fulmar de la gendarmerie maritime ce que l'on peut faire pour monter une opération de localisation de l'épave ! »

Éric Cabanas
Presse-Océan

Une étoile filante du cinéma

Source : Article de Monsieur Christian Santoir sur le site Aéromovies - Films d'aviation

Charles Nungesser

Charles Nungesser fut le troisième as français de la Grande Guerre avec 43 victoires confirmées, des victoires acquises au prix fort. Nungesser fut surnommé l'"Indestructible" au vu de ses très nombreuses blessures, certaines acquises, il est vrai, au volant de sa voiture, une Mors, prise à l'ennemi, qui lui vaudra le surnom de "hussard de la Mors" faisant référence à son corps d'origine ! Il finit la guerre couvert de décorations et de gloire, adulé par les foules, ce qui ne facilitera pas sa réinsertion dans la vie civile…

Après la guerre, il se produit dans divers meetings à travers la France. En 1920, il fonde Nungesser-Aviation, une société qui fait du transport à la demande et propose un circuit aérien des champs de bataille, ou la reconstitution nocturne de la défense de Paris contre les Gothas. Il inventa un nouveau concept qui remplaçait les habituelles acrobaties qui commençaient à lasser le public des meetings, par des simulacres de combat, bref, par de vrais spectacles aériens, tels qu'on les connaît aujourd'hui.

Sur proposition du sous-secrétaire d'État à l'Aviation, Etienne Flandin, Nungesser ouvre une école de pilotage à Orly. Ce type d'école privée, avait pour but premier de fournir à l'aviation militaire, un personnel déjà initié au pilotage lors de son incorporation. Mais cette école ne lui rapporta guère, et l'école dut fermer en mai 1922.

Toujours à court d'argent, Nungesser saisit une occasion d'aller aux Etats-Unis, en acceptant l'offre de l'American Legion, pour faire de la propagande d'aviation. Il devait, en plus de conférences, reproduire dans plusieurs villes américaines, une bataille aérienne avec ses camarades Weiss et Bellot. Nungesser nous décrit la scène : "Un monoplace attaquait un avion d'observation protégé par un appareil de chasse.../… c'était tout une série d'acrobaties passionnantes; des mitrailleuses -des vraies- dissimulées dans un coin du terrain, pétaradaient à six cents coups à la minute.../… brusquement, l'avion de reconnaissance basculait dans les airs, s'entourait de flammes, de fumée noire, rouge et jaune, et semblait s'abattre vers le sol, suivi quelques secondes plus tard, par la chute vertigineuse en vrille du second adversaire, également entouré d'un torrent de fumée sinistre". Il part avec six appareils, des monoplaces de chasse et des biplaces de tourisme, dont un Hanriot HD.1, un Potez et un Nieuport 10. Mais Nungesser ne fait pas que des meetings aux Etats-Unis. Le 28 juillet 1923, il se marie à New York, avec une américaine rencontrée en France, Consuelo Hatmaker (Saint Exupéry, huit ans plus tard se mariera lui aussi, avec une Consuelo..), une fille de la haute société new yorkaise.

A la fin de l'année 1923, Nungesser et ses amis se produisent à La Havane. C'est sur ce terrain, qu'il rencontre un jour, l'équipe de tournage du film "The bandolero" (1924) de Tom Terris. Il promène les actrices en avion, pendant que l'on filme ses évolutions. Quelque temps plus tard, le producteur lui propose de tourner un film dont il sera la vedette. Ce n'était pas la première fois qu'on faisait une pareille proposition à un pilote vétéran. En 1918, l'as américain Bert Hall avait tourné dans "Romance of the air". Charles Nungesser n'était certes pas un acteur, mais son nom était fait pour attirer les foules. Quelques semaines plus tard, de retour à New York, alléché par un cachet substantiel, il signe le contrat, et le tournage commence dans un studio new-yorkais, ainsi qu' à Roosevelt Field (Long Island). Ce film dirigé par Hayes Hunter, s'appelle "The sky raider" et son scénario est librement inspiré du roman "The great air mail robbery" de Jack Lait, qui avait déjà signé le scénario de "The great air robbery", en 1919. Charles Nungesser conservait dans le film son nom, son grade et ses victoires. Il y avait pour partenaire Jacqueline Logan. L'action se passe pendant la première guerre mondiale, en France et aux Etats-Unis, et mêle espionnage, amour et trahison. Pour le tournage, on utilisa le Nieuport 10 et le Hanriot HD.1 que Nungesser pilota devant les caméras. On sacrifia un Curtiss Jenny. Les "Allemands" pilotaient des Thomas-Morse S4-C revêtus de croix noires. Sur l'affiche, Nungesser est présenté comme le "le plus grand as vivant", ce qui était inexact; il y avait René Fonck en France, et Ernst Udet en Allemagne, qui avaient chacun beaucoup plus de victoires (75 et 62 respectivement).

Fig. 1. Jacqueline Logan et Charles Nungesser sur l'affiche de - The Sky raider © 2003 HeritageComics.com
Jacqueline Logan et Charles Nungesser sur l'affiche de "The Sky raider"
© 2003 HeritageComics.com

Le film sortit à New York, le 5 avril 1925, en présence de Nungesser, qui fut ovationné par les spectateurs. Il sortit également en France, sous le titre de "Le vainqueur du ciel", et il n'y déplaça pas les foules... Nungesser insista auprès de son impresario pour que, dans chaque ville où le film passait, il donnât, à un heure fixée, et annoncée par les journaux, une reproduction analogue de la bataille qui paraissait à l'écran. En six mois, selon ses dires, toute l'Amérique du Nord, de New York à San Francisco, en passant par Washington, Toledo, Detroit, Salt Lake, avait vu les avions à cocardes tricolores évoluer sur la toile, et aussi dans son ciel.

Fig.2.  Nungesser et son Hanriot, dans - The sky raider -
 © Les grands spectacles cinématographiques.
Nungesser et son Hanriot, dans "The sky raider"
© Les grands spectacles cinématographiques

A la fin de 1925, après avoir parcouru les principales villes du pays, il fallut refaire les exhibitions dans les villes de moindre importance. L'exercice tenait plus du cirque ambulant et de la tournée théâtrale, que de la promotion aéronautique. Nungesser était devenu un "saltimbanque de l'air", selon sa propre expression. Cette vie errante commençait à lui peser, et il pensait de plus en plus à son grand projet, la traversée de l'Atlantique. Pour cela, il fallait retourner en France, car contrairement à tous les autres pilotes concurrents, il avait choisi la voie la plus dure, celle d'est en ouest. Son mariage avec la riche Consuelo battait déjà de l'aile, et ils divorcèrent en septembre 1926, son épouse refusant d'aller vivre en France. Il rentra alors au pays, après avoir parcouru plus de 40.000 km, s'être produit dans plus de cinquante villes, prononcé plus de cent discours, dans tous les états des USA.

La réputation et la vie de Charles Nungesser contribuèrent à créer l'image de l'as de la Grande Guerre, sur les écrans de cinéma : un homme élégant, menant grand train, insouciant du lendemain et grand noceur. On racontait que, pendant la guerre, Nungesser arrivait parfois à la base, à l'aube, en smoking, au bras d'une femme en robe du soir, et qu'on devait l'aider pour monter dans son avion ! Tout cela faisait partie de sa légende dont se repaissait l'imagination populaire. En 1928, on retrouvera ce genre de personnage dans le Hugh Drumond, de "Captain Swagger" (capitaine crâneur !), et mieux encore, en 1936, dans le René Charville de " Suzy", joué par Cary Grant. Plus près de nous, il y a du Nungesser dans le Jo Cavalier de l"As des as"(1986), joué par Jean-Paul Belmondo. La reconstitution des combats aériens de la Grande Guerre dans les fêtes foraines aux Etats-Unis, comme en organisait Nungesser, est montrée dans plusieurs films américains d'avant guerre, dont "Flying devils" (1933), "Sky Parade" (1936), et "Mystery plane" (1939). Nungesser fit aussi beaucoup pour la renommée des ailes françaises aux Etats-Unis où on n'oubliait pas que l'aviation militaire américaine était née en France, avec du matériel français, et où les aviateurs français passaient pour les meilleurs du monde. L'éclipse totale survint avec notre défaite de 1940, et à partir de cette date, les films d'aviation américains ne font plus référence à la France, à l'exception du film de W. Wellman " Lafayette escadrille" (1954), une exception qui confirme la règle.

Aujourd'hui, le film de Charles Nungesser a disparu, comme 90 % des films muets, mais il subsiste, paradoxalement, des témoins de son aventure cinématographique. Les deux avions de Nungesser, utilisés dans le film "The sky raider", existent toujours aux Etats-Unis, où ils sont conservés comme de précieuses reliques. Quand Nungesser retourna en France, il laissa son Hanriot HD.1 à la garde de A. J. Montee, à Clover Field (Santa Monica). Après sa disparition en mai 1927, A. Montee le vendit à James Granger, qui l'utilisa pour des exhibitions dans des meetings locaux, jusqu'en 1933, date à laquelle l'avion fut remisé. On l'exposait parfois dans les cinémas, pour faire la publicité de films d'aviation, comme "Men with wings" (1939). Il fut revendu, en 1951, au Claremount Air Museum, et restauré avec l'emblème de Nungesser. Il porte le numéro constructeur 1398. Il est actuellement exposé au Planes of Fame museum de Chino (Ca.). Précisons que Nungesser ne combattit jamais sur ce type d 'avion, rejeté par les Français, mais adopté par les Suisses, les Belges et les Italiens.

Le Nieuport amené de France par Nungesser et utilisé pour le tournage de "The sky raider", fut acheté après sa mort, par Aero Brockerage Services qui changea le moteur Clerget d'origine par un Le Rhône. Sur une photo du film, on observe que le pilote et le passager sont assis en tandem dans un seul cockpit, et que les mats d'ailes sont verticaux. Ce serait donc un 83E.2, un modèle issu du Nieuport 10. Cet avion devint, les années suivantes, un des vétérans de Roosevelt Field (Long Island). En 1951, le National Air and Space Museum l'acquit, puis l'échangea contre un Nieuport 28 appartenant à Cole Palen. Ce dernier restaura le Nieuport qui revola le 20 juin 1987 à Old Rhinebeck. Il est immatriculé N680CP, et bien enregistré comme un Nieuport 83.E.2 (c/n 680).

Sur ces deux avions frappés de l'insigne sinistre de Charles Nungesser, plane toujours l'ombre du "Hussard de la Mors"...

Insigne Nungesser

Christian Santoir

Bibliographie sommaire :

- GRAS Philippe [2008] "Le hussard de la mort. Charles Nungesser" in Fana de l'Aviation n° 463 : 50-61.
- JULIAN Marcel [1971] "Nungesser. L'as des as". Paris, éd. Presses Pocket, 254 p.
- MARIEL Pierre [1926] "Le vainqueur du ciel". Paris, Cinéma-bibliothèque n°134, éd. Jules Tallandier, 94 p.

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