Le 2e Hussards pendant la Révolution

Textes du Chef d'escadrons © Gérard-Antoine MASSONI, docteur en histoire

Hongroise

En 1789, le régiment tenait garnison à Landau avant de se déplacer à Nancy en octobre 1790. A cette époque, la nouvelle Assemblée Nationale supprima les mestres de camp propriétaires : les régiments eurent désormais pour chef un colonel ; les régiments cessèrent de porter officiellement le nom de celui qui les commandait. Chamborant devint le 2e Régiment de Hussards, ci-devant Chamborant, les régiments étant classés par rang d'ancienneté. Le 14 octobre 1790, les officiers du régiment adressèrent au marquis de Chamborant ce courrier : « Le nouveau régime militaire commence par exiger de nous le plus pénible sacrifice, celui de nous séparer de vous […] Nous nous soumettons, parce qu’obéir à la loi prononcée et sanctionnée par le roi est notre premier devoir […] Mais il en est d’autres au fond de nos cœurs, c’est celui d’admiration pour vos vertus guerrières et de votre amour connu de la patrie ; c’est celui de reconnaissance pour toutes vos bontés que vous avez manifestées dans toutes les occasions à chacun de nous ».

Le marquis de Chamborant, envoyé en mission dans le Duché de Deux-Ponts dès 1791, en profita pour soigner ses douleurs dans une ville thermale, mais aussi pour s’éloigner des premiers troubles de la révolution. Rentré en France en 1792 pour rendre compte de sa mission, il finit par émigrer et semble-t-il décéda en Bavière vers 1805.

Mais la Révolution allait donner au 2e Hussards une nouvelle occasion d’enrichir son patrimoine de gloire. L’Assemblée législative en place depuis le 1er octobre 1791, sous la pression des Girondins que dirige Brissot, mène une politique volontairement belliqueuse : les Girondins rêvent d’une croisade libératrice qui soulèverait les peuples contre les rois : le roi Louis XVI, de son côté espère, une invasion de la France pour retrouver son pouvoir. La guerre devient inévitable face aux exigences des Girondins contre l’Autriche ; la guerre est déclarée le 20 avril 1792. Elle va durer pratiquement sans véritable interruption jusqu’en 1814.

Le régiment en garnison à Mouzon, se distingua dès le début de la campagne aux combats de La Grisöelle (11 juin 1792), de Virton (27 juillet) en Belgique, puis en Champagne aux combats de La Croix au Bois (14 septembre), de Montcheutin (15 septembre) où il est la seule troupe capable de résister aux troupes prussiennes. Le général Chazot reconnaîtra dans son rapport « Seul, le régiment de Chamborant qui n’a cessé de se distinguer pendant toute la campagne, resta dans la plaine et c’est à sa bravoure que je dois mon salut. Il chargea plusieurs fois avec succès les hussards ennemis et leur tua plus de 50 hommes, puis se retira dans le meilleur ordre vers la Malmaison pour couvrir les équipages».

Malheureusement à la même époque, l’insurrection du 10 août 1792 qui suspendit les pouvoirs du roi, favorisa l’exaspération des passions politiques et l'émigration d'une partie des officiers de l’armée royale. L’émigration du général La Fayette (20 août) précipita le départ de deux chefs de corps du 2e Régiment de Hussards, ci-devant Chamborant, le comte de Bozé (1789-1791) puis le baron de Malzen (1791-1792). Malgré les tentatives du colonel de Malzen, le lieutenant-colonel Charles de Fregeville de Gau réussit à maintenir la très grande majorité du régiment sous son autorité et à limiter l’émigration à quelques officiers et 5 hussards : il fut nommé colonel du régiment dès le 13 septembre 1792.

A la bataille de Valmy (20 septembre), au moment de la furieuse canonnade, les cavaliers au dolman marron couvraient les hauteurs du moulin, et saluaient cette première victoire du drapeau tricolore, en mêlant leurs vivats à ceux des volontaires de Kellermann, dans le cri général de « Vive la Nation ! ». L'étendard du régiment porte dans ses plis, depuis les commémorations du bicentenaire de la Révolution française à Valmy en septembre 1989, la mention « Valmy-1792 ».

Le 2e Régiment de Hussards, régiment d’avant-garde de l’Armée de Belgique est brillamment engagé aux combats de Thulin (3 novembre), de Boussu (4 novembre) et à la bataille de Jemappes , le 6 novembre 1792. Commandé par l’intrépide colonel Charles de Fregeville de Gau (1792-1793), le régiment décide de la victoire, grâce à un fait d’armes extraordinaire : l’enlèvement d’une redoute par la cavalerie. Les "Chamborant" y pénètrent au galop et aux accents de la Marseillaise, en chassent les grenadiers hongrois, les chevau-légers de Cobourg et les hussards de Blankenstein (n° 6). En quatre semaines, toutes la Belgique et les territoires germaniques de la rive gauche du Rhin tombent aux pouvoirs des français.

La 1ère Coalition est en marche car, après l’Autriche et la Prusse, l’Angleterre, la Hollande entrent en guerre contre la France en février 1793, suivies par L’Espagne, le Portugal, les Deux Siciles, la Sardaigne et les Etats Pontificaux. Cependant les puissances en guerre contre la France ne constituèrent jamais une coalition militaire véritable, avec un commandement unique et un plan d’ensemble.

Devant l’offensive des Coalisés commandé par le prince de Cobourg sur la Röer, l’armée de Dumouriez dût se replier et subit une grave défaite à Neerwinden (18 mars 1793) où le 2e Hussards par ses nombreuses charges permit une retraite en bon ordre.<:p>

Le 2e Hussards se signale sous les ordres du colonel François Barbier (1793-1806), mais le régiment fut dans un premier temps dissocié : les 3e et 4e escadrons organisés avec le dépôt du régiment à St Quentin et les 5e et 6e escadrons nouvellement créés avec des fantassins et dotés des chevaux de trait furent dirigés vers l’armée du Rhin et de la Moselle. Ces deux derniers escadrons n’étaient pas aptes à faire la guerre et il ne fut pas donné de temps pour assurer leur instruction car la situation militaire désastreuse du début 1793 exigeait la mobilisation de toutes les forces vives de la Nation. Le représentant du peuple Pflieger s’en prit néanmoins au chef de brigade Barbier qui fut relevé de son commandement et remplacé par le capitaine de Rith (1er novembre 1793). La confusion était à son comble : le colonel Barbier réclama, fut acquitté par le tribunal criminel militaire du quartier général de l’armée du Nord le 24 janvier 1794 et réintégré dans son poste le 10 février 1794, mais seulement de manière provisoire. Le régiment connut la particularité d’avoir pendant un certain temps deux chefs de brigade. Finalement le chef de brigade de Rith, fut mis à la retraite et le chef de brigade Barbier resta seul commandant du 2e Hussards.

Les 4 escadrons du 2e Hussards intégrés à l’armée du Rhin et de la Moselle, commandée par le général Hoche participèrent brillamment aux combats du 26 décembre à Wissembourg en bousculant les hussards autrichiens de Wurmser et en capturant de nombreux prisonniers du régiment autrichien de Bender-Infanterie , le 28 en repoussant les hussards prussiens de Wolffradt.

Les 1er et 2e escadrons combattirent pendant ce temps-là avec l’armée du Nord à Hondschoote (6-8 septembre1793) où ils enlevèrent de nombreux canons aux troupes Alliées en retraite, à Wattignies (15-16 octobre 1793) et à Courtrai (11 mai 1794).

Le régiment de nouveau réuni sous les ordres du chef de brigade Barbier, à présent à la tête de 5 escadrons fournit plusieurs charges à Fleurus (26 juin 1794) et quand à la suite de cette victoire, la Convention eut décrété – comme le faisait jadis le Sénat romain pour ses légions – que l’armée de Sambre et Meuse avait bien mérité de la Patrie, il put prendre une bonne part de cet éloge, si simple et si grand à la fois.

Dès novembre 1794, les Chamborant sont à l’avant-garde de l’armée du Nord commandée par le général Pichegru, franchissent le Wahal gelé, entrent en Hollande et poursuivent leur course jusqu’à la rencontre de la flotte hollandaise immobilisée dans les eaux gelées du Texel. La Prusse préféra traiter avec la France (traité de Bâle, 5 avril 1795) et lui abandonna les territoires de la rive gauche du Rhin, suivie en cela par la Hollande (traité de La Haye, 16 mai 1795) qui cédait les provinces au sud du Rhin et lui promettait une indemnité de 100 millions de florins. Enfin, l’Espagne, mécontente de l’attitude de l’Angleterre, se retira elle aussi de la coalition par le second traité de Bâle (22 juillet 1795). La guerre continuait contre l’Autriche et l’Angleterre.

La Hollande conquise, l’armée de Sambre et Meuse est dirigée sur le Rhin. Le 2e Hussards est attaché à la division du général Marceau. De nouveau à l’avant-garde, le Régiment se distingue aux combats de Schwalbach (26 septembre 1795), de Kreutznarch (10 novembre) où il bouscule de régiment des hussards de Blankenstein (n° 6). Le 16 décembre 1795, le Capitaine Becker fait prisonnier avec son escadron un bataillon autrichien tout entier du régiment Pellegrini (I.R. n° 49) et lui enlève deux canons. L’archiduc Charles demanda un armistice et le 2e Hussards prit ses quartiers d’hiver le 19 décembre 1795 à Otweiller. Par décret du 23 janvier 1796, le régiment fut réorganisé à 4 escadrons et dès le 31 mai, l’armistice fut dénoncé.

Le 27 septembre 1796, au siège de Mayence, le 1er escadron repousse les assaillants par quatre charges successives. L’année suivante, au passage du Rhin à Neuwied (18 avril 1797), l’armée de Sambre et Meuse aux ordres du général Hoche bouscule le général von Werneck. Le 2e Hussards fait partie d’une division de cavalerie commandée par le général Ney ; il faut enlever des batteries qui gênent le débouché des ponts. Le 2e régiment de Hussards se précipite, charge la cavalerie autrichienne, la bouscule, la suit, tombe sur un bataillon du régiment Archiduc Charles (I.R. n° 3) et le force à mettre bas les armes : le maréchal des logis Fuchs tue plusieurs canonniers autrichiens, s’empare de deux canons et fier de sa prise, les conduit lui-même au commandant de l’artillerie française . Dans la même charge, le maréchal des logis Ignace Müller prend le drapeau du bataillon autrichien . Les troupes autrichiennes perdent 24 pièces de canon, 7 drapeaux et étendards, 60 voitures et près de 3000 prisonniers.

Le général Ney chasse tout devant lui et laisse au 2e Hussards l’honneur de faire l’avant-garde. Les "Frères Bruns" se mirent à la poursuite des Autrichiens sur le chemin d’Herborn et ne tardèrent pas à rencontrer l’arrière-garde sur les hauteurs de Hohenrode. Malgré la présence de plusieurs pièces d’artillerie, le 2e Hussards chassa les troupes autrichiennes et s’empara des convois de l’armée autrichienne et lui enlèvent enleva tous ses approvisionnements à Wetzlar. Quelques jours plus tard dans une autre charge, ils font fait prisonniers 800 hommes d’infanterie, 2 canons et nombre de cuirassiers ennemis.

Après cette série de hauts faits, les hussards du 2e devinrent légendaires dans l’armée, alors commandée par le général Hoche, cette armée si célèbre elle-même, où les régiments héroïques ne manquaient pourtant pas. En 1797, le Traité de Campo-Formio mit fin aux hostilités : le Directoire ordonna une fête où le 2e Hussards est cité en ces termes " la 2e demi-brigade de cavalerie, ci-devant Chamborant, l'effroi de toute l'Allemagne…". Le 2e Hussards fut désigné par le général Hoche pour tenir garnison à Paris dès le 4 septembre 1797 où il assura l’ordre dans la capitale à l’occasion du coup d’état de fructidor (3 et 4 septembre 1797). Deux pelotons du régiment furent détachés à Villeprévost en janvier et février 1798, pour assurer la garde de brigands prisonniers dans la région de Châteaudun. Le 2e Hussards resta à Paris jusqu’à la campagne de 1799.<:p>

En 1799, l’Europe coalisée nous déclarait de nouveau la guerre : les "Chamborant" allaient se signaler par leurs actions d’éclat.

Le 10 septembre 1799, devant Mannheim, une batterie d’artillerie française ayant perdu tous ses servants, nos hussards font la manœuvre des pièces, puis, entourés par des grenadiers hongrois, sautent en selle et sabre à la main, se font jour au milieu des balles et des baïonnettes. Pendant cette même campagne, un enfant du Régiment, qui naquit, vécut, et devait mourir au 2e Hussards, le sous-lieutenant Drazdianski, se heurte dans la nuit du 6 au 7 octobre avec son peloton de 16 hussards à l’arrière-garde d’une Division de Cavalerie, vers Heidelberg. Sans hésiter, il la charge et pousse devant lui 8000 Autrichiens éperdus.

Dans la nuit du 15 au 16 juillet 1800, le 2e Hussards sous les ordres du général Ney contribua à repousser une sortie de la garnison d’Ingolstadt qui perdit 3 pièces de canon et leurs caissons, six cents prisonniers parmi lesquels un lieutenant-colonel.

Le 3 décembre 1800, le général Moreau, commandant en chef l'armée du Rhin rencontre l'armée de l'archiduc Jean à Hohenlinden. Le 2e Hussards contribue par ses charges à cette brillante victoire et poursuit vigoureusement l’adversaire en déroute : le trompette Mellinger se fait remarquer en chargeant sa trompette d’une main et en sabrant dans l’autre . Quand le Régiment reçut l’ordre de s’arrêter, il n’était plus qu’à 40 lieues de Vienne ! En 1801, la paix est signée. Le 2e Hussards vient tenir garnison à Gand et Malines en Belgique puis à Breda aux Pays-Bas. Ce fut l’occasion pour le régiment de recevoir les armes d’honneur attribuées par le 1er Consul à 5 membres du régiment pour les récompenser de leurs attitudes pendant les campagnes de 1792 à 1800 : ils reçurent la légion d’honneur dès sa création.

En 1803, le 2e Hussards participa à la campagne contre le Hanovre, sous les ordres du général Drouet et chargea avec succès le 2 juin, un régiment de dragons légers hanovriens, en avant de Suhlingen : il le mit en déroute et lui fit deux cents prisonniers.

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